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Du rituel au TOC

Le propre du rituel, passage normal du développement de l’enfant, est de devenir rapidement une obsession dans laquelle on entraîne les autres si l’on n’y place pas de limites, et surtout s’il ne s’en détache pas. Le TOC (trouble obsessionnel compulsif) nécessite une réelle prise en charge, alors que les caprices et rituels peuvent être dépassés.

Le caprice

L’imagination fantaisiste de nos enfants peut venir à bout de nos nerfs... telle Flo, 5 ans, qui réclame la présence de sa poupée à table (son couvert est également dressé), sinon c’est la grève de la faim ! Pour être tranquilles et cesser les pleurs, certains cèdent au chantage et caprices de leurs enfants.
L’enfant a besoin de trouver des repères difficiles à maîtriser, générateurs d’angoisses :

 il teste jusqu’où il peut aller avant le refus des parents : c’est l’apprentissage de la frustration : tous ses désirs, toutes ses pulsions ne peuvent être assouvies !

 il cherche sa place d’enfant dans ce vaste monde : les adultes éduquent et commandent, les enfants obéissent mais ont la chance de s’amuser !
L’enfant évalue ses limites en tentant de repousser les barrières. Les parents doivent juger l’insupportable et réagir en conséquences en interdisant certaines pratiques. Autant éviter que toute la famille ne se succède dans la chambre à coucher du petit pour raconter des histoires durant deux heures !

Le rituel

Laisser son enfant pénétrer dans la chambre des parents le dimanche matin peut apparaître comme un rituel. En dehors du jeu instauré et le fait que pour certains enfants " oedipiens " ce soit un moyen d’empêcher la sieste matinale et intime des parents, nous sommes un peu loin du vrai rituel.
En effet, l’enfant croit en la toute puissance de sa pensée (la pensée magique). Autrement dit, il s’imagine que la façon dont il va organiser sa vie selon des rites préétablis, va influencer son parcours qui sera alors sans encombre : l’anxiété aura disparu momentanément... mais réapparaîtra très rapidement, d’où la reproduction du rituel.
On retrouve ces rituels chez les patients atteints de trouble de la conduite alimentaire, telle cette jeune boulimique qui trempait sa cuillère dans le yaourt, léchait le rebord, la retrempait... pour terminer de le manger 30 min plus tard.
C’est également le petit David (7 ans) qui ne peut s’empêcher de regarder sous le lit si un monstre n’y est pas caché, prêt à le dévorer ! Il faut une grande patience à ses parents pour lui démontrer que les monstres n’existent pas et retirer ses angoisses qui sont d’un tout autre ordre.
Car si l’angoisse n’est pas désamorcée, ce peut être la porte ouverte aux fameux TOC.

Le TOC

Les Troubles Obsessionnels Compulsifs sont des pathologies liées à l’anxiété. Des pensées troublantes qui reviennent sans cesse (obsessions) contraignent certaines personnes à se livrer à des rituels particuliers (compulsions) pour les chasser ou les empêcher de survenir.
Ils concernent 2 à 4 % de la population.
C’est celui qui se lave les mains jusqu’à en avoir la chair à vif, celle qui vérifie 15 fois que sa porte est bien fermée à clef... mais c’est aussi un enfant qui va tourner 2-3 fois autour de la voiture avant d’y pénétrer, porter son pull bleu les jours d’interro à l’école...
En fait l’obsessionnel a besoin d’annuler une anxiété par une sorte de rite conjuratoire. Le problème, c’est qu’en déplaçant au fur et à mesure l’obsession initiale, il contamine de proche en proche son environnement, et peut en arriver à une véritable dépersonnalisation (tel ce patient qui devait toucher tous les arbres de la forêt !).

Que faire ?

" Ne cède pas, il te manipule, ce sont des caprices... ". Sans doute vrai dans certains cas, mais votre intervention devient limitée dès que l’ " obligation " de rituels est déjà instaurée. Votre enfant ne peut rien faire contre, donc la punition ne sert à rien, pas plus que l’interdiction.
Dans le cas des TOC, il ne faut pas l’aider à accomplir le rituel et ne pas apporter de réassurance à ses obsessions. Rien ne sert de le juger, mais il faut l’aider à extérioriser son mal-être, afin de lui servir d’auxiliaire dans la lutte contre sa difficulté. Aussi, à chaque progrès accompli il ne faudra pas hésiter à le complimenter : il se sentira alors soutenu et pourra peu à peu quitter les rituels.
S’il vous demande de participer, imaginez que c’est sans doute un moyen qu’il sollicite afin de l’aider à s’en sortir. Ainsi, vous pouvez l’aider une seule fois et pas davantage, afin d’atténuer son angoisse. En reconnaissant sa souffrance et ses efforts vous l’aiderez à rompre le charme.
Un accompagnement psychanalytique est souhaitable afin d’identifier l’origine de l’angoisse et la liquider.