Pendant longtemps, à toute maladie fut associé un trouble organique ou fonctionnel réel. Les " psy " maintenant rejoints par les médecins sont convaincus d’une interaction entre le corps et le psychisme.
Le terme psychosomatique a été utilisé pour la première fois en 1818 par un psychiatre allemand qui décrivait " l’effet des passions sur la tuberculose, l’épilepsie et le cancer ". Les psychanalystes Groddeck et Alexander, dans la première partie de notre siècle, développèrent les premières théories. Depuis, même si la voie médicale reste la première à explorer, cette approche de la maladie qui tient compte de différents facteurs (affectifs, héréditaires, enfance, soins déjà reçus...) en a fait une véritable discipline.
La révolution
La médecine est bousculée par les partisans d’une approche thérapeutique incluant le rôle du psychisme, à l’encontre de certains scientifiques qui ne croient pas à l’influence du cerveau et nient ce même concept. La psychoneuroimmunologie tente un compromis de recherche entre ces points de vue.
Dans toute maladie, on ne peut jamais dire que tout est physiologique et que rien n’est psychologique car psychisme et corps interagissent sans cesse entre eux.
Toute pathologie s’exprime sur un terrain qu’il faut analyser pour comprendre la maladie, l’englober dans l’histoire du malade. Il semble donc important de rendre la parole au patient venant consulter. Il est évident qu’un ulcère, en dehors de la découverte d’un agent infectieux, se développe chez des sujets soumis à un certain désordre de vie.
La médecine soigne, le patient guérit
Il est du pouvoir du patient d’analyser, de comprendre, de vivre sa maladie afin d’en discerner le sens.
Certains précisent que la maladie est la chose la plus saine qui puisse arriver : elle est à rapporter à un contexte, à notre intimité psychique et émotionnelle. La guérison est à entreprendre sur un plan physique et psychique.
Une organisation mentale forte renforce les mécanismes de défense de l’organisme. Mais quelle est la nature de cette fragilisation organique ?
En dehors des états de stress, l’état dépressif semble être un facteur déclenchant de maladie. De nombreuse études américaines ont démontré l’importance de l’équilibre affectif : une chaleur amicale et affective développerait un facteur de guérison plus important que l’isolement et la solitude.
Maladie-langage
Si la maladie est le symbole, l’expression d’un trouble sous-jacent, il faut pouvoir remonter jusqu’à son origine. Il faut donc rendre le discours au patient, le laisser s’exprimer sur ses maux. Ainsi, certains thérapeutes ont d’ailleurs fait un parallèle anthropologique sur nos maladies : la maladie devient un symbole !
L’effet des placebos (qui soignent environ 30% des troubles somatiques), l’effet blouse blanche (la présence rassurante du médecin et de l’ordonnance), Lourdes et ses guérisons miraculeuses portent également un certain pouvoir de guérison. Ainsi, l’ombre des théories hystériques plane toujours (grandes crises théâtrales décrites au 19è chez Charcot, à La Salpétrière) : troubles neurologiques telles que la cécité, la paralysie de membres, des anesthésies locales, des douleurs hypocondriaques... qui parfois nécessitent des actes chirurgicaux abusifs et mutilants.
Il est important de remarquer que c’est la présence d’un tiers, le regard de l’autre, l’élan affectif qui subordonnent la guérison. Les célibataires seraient plus touchés par les maladies cardiaques et les cancers que les couples mariés à la vie sociale et familiale riche ; leur espérance de vie est notablement réduite.
La psychoneuroimmunologie
Faisant suite aux effets du stress sur les hormones, cette nouvelle discipline étudie les relations entre les systèmes immunitaire et neuroendocrinien, via des molécules appelées neuromédiateurs. En effet, on observe une diminution de la fonction immunitaire lors d’états dépressifs, suite à des troubles psychologiques. Même s’il existe des prédispositions immuno-génétiques (terrain familial), personne ne peut expliquer comment et quand le patient tombe malade.
L’influence du psychisme est démontrée dans les cas de psoriasis, herpès, eczéma et acné. Le psychisme retentit sur le déroulement mécanique de la pathologie en la modulant et en l’amplifiant. Ainsi, un soutien psychologique adjoint à un traitement anti-mélanomes augmente le taux de survie d’un facteur 2 !
Et l’hypocondrie ?
L’hypocondrie porte sur une préoccupation excessive de sa santé. Le patient se focalise sur les moindres ressentis corporels, en modifiant la signification des sensations, demandant l’avis d’un médecin et des soins spécifiques. C’est le fameux malade imaginaire.
Dans la plupart des cas ces manifestations sont d’ordre dépressive. Les cas les plus graves peuvent déboucher sur des états quasi-délirants où le médecin est jugé inefficace, la croyance en la maladie étant fortement ancrée, revendiquant un diagnostic de trouble organique.
Nous pouvons toujours trouver une raison à notre maladie et y donner un sens. Cela ne résout pas le problème que c’est l’être humain qui est touché et qui souffre. Mais personne ne sait réellement expliquer l’apparition de maladies. Pourquoi ne pas laisser la parole à Pasteur qui énonça avant de mourir : " Le germe n’est rien, le terrain est tout ! "
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