Quand un être cher disparaît c’est notre univers qui s’écroule. Ce travail de deuil intime est unique, fonction de celle/celui qui vit l’absence et de la relation vécue. Il se comprend finalement dans des réactions psychiques très lointaines.
La mort est un sujet tabou : la couleur des cérémonies est passé du noir au gris, bleu marine, on n’ose pas parler du défunt, prononcer son nom, ce qui va jusqu’à nier son existence. Les répercussions d’un deuil peuvent porter sur sa propre projection dans l’avenir, dans sa réalisation. Même si la fragilisation, le pôle dépressif d’un parent sont perçus par l’entourage il faut comprendre ce qui se joue en nous pour se laisser aller et éviter le plus possible des dérapages psychopathologiques.
Chez l’enfant
De 0 à 4 mois
Le bébé a déjà fait l’épreuve de deuils successifs : naissance, perte du placenta, sevrage, ce qui permet la construction de son moi (bébé ne fait pas la différence entre son corps et celui de la mère), de se tourner vers l’autre, notamment le père.
Les psychanalystes ont décrit l’importance de la relation à la mère, avec des angoisses de séparation, de destruction, de persécution, des peurs d’abandon...
Dans le cas de décès de ses parents, l’enfant devenu adulte devra redéfinir inconsciemment l’interaction vécue avec eux dans ses premiers mois, afin de surmonter sa souffrance et retrouver une paix intérieure.
Entre 4 et 18 mois
L’enfant ne connaît que l’expérience présence/absence (coucou/caché). Parfois c’est un drame si l’adulte reste caché trop longtemps.
Vers 8-12 moisL’enfant met en scène le départ de la mère ; le langage est étroitement lié au sentiment de perte.
De 18 mois à 3 ansC’est la période d’acquisition du langage, certains parlent de la mort, d’autres ont du mal à passer du cycle sommeil/veille au cycle vie/mort. Le " plus jamais " n’est pas intégré.
De 3 à 6 ans
Une grosse séparation affective a lieu avec le complexe d’œdipe (l’enfant ne peut obtenir l’amour du parent du sexe opposé). Il représente des morts dans les dessins, il a peur des fantômes...
De 6 à 10 ans (période de latence)
Il lui faut tenter de comprendre la mort. Il se rend compte que les personnes âgées ne sont pas les seules à mourir. La mort lui fait peur, il fait de nombreux dessins.
Vers 12 ans Le concept de mort est compris.
Chez l’adulte
En relation inconsciente avec les épreuves de l’enfance, on distingue 3 étapes qui se superposent, se chevauchent tout en se faisant suite.
Choc
La douleur vient de la difficulté à admettre la perte de l’attachement à un objet aimé, d’une grande valeur, d’une grande importance. En cas de non préparation (accident), la violence de l’annonce amène une tension émotionnelle qui demande à être déchargée, évacuée (refus, cri, abattement). La négation de la réalité se comprend dans un souci de préserver son équilibre psychique, de maintenir son Moi. Mais c’est aussi débuter ce travail.
Pleurer, hurler, éclater en sanglot, marque une étape importante : les émotions pénibles sont évacuées. Il ne faut pas nier sa tristesse ni empêcher son expression.
L’ambivalence des sentiments, la culpabilité peuvent apparaître (colère contre celui/celle qui nous a quitté ; difficulté d’accepter les reproches qu’on fait au défunt de nous abandonner, de rendre la vie plus difficile).
Tout ceci interfère avec l’amour que nous lui portons.
Enfin la recherche (qui n’est pas forcément pathologique) peut apparaître, comme des hallucinations, la reconnaissance de silhouettes d’inconnus, un parfum...rappelant le défunt.
Etat dépressif
Lorsque la perte est acceptée, un véritable état dépressif est alors observé, se déroulant sur plusieurs mois (absence de goût, repli sur soi, interdit du plaisir, troubles de l’alimentation).
Une phase essentielle porte sur le désinvestissement (souvenirs, espoirs...), le détachement progressif des objets investis : chaque souvenir est revisité et confronté à la réalité : "ça ne se reproduira plus" "il/elle est mort(e)". Mais revisiter seulement le souvenir ne fait que revivre le passé ! Il faut donc cette succession de représentations, parfois douloureuses, véhiculant nombre de ressentis qu’il faut exprimer.
Or échapper à la douleur c’est refuser la réalité !
L’endeuillé reste centré sur son travail de deuil ; rien d’autre ne l’intéresse. En effet, il ne peut y avoir investissement d’autres objets, de désirs pour d’autres objets, car il lui faut se reconstruire.
TerminaisonLes rêves portant sur la personne disparue laissent leur place à des désirs, car l’endeuillé accepte de se tourner vers l’avenir et de s’investir dans de nouveaux objets : sorties (vacances, cinéma), amis (dîners...) Des affaires sont jetées. La possibilité de refaire sa vie peut être envisagée. Un souffle de liberté envahit l’endeuillé et lui permet enfin de vivre.
Le travail de deuil est long, pénible, douloureux. Il demande à revisiter son passé, à se délier d’une union solide pour s’unir à la vie. Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner. C’est soi-même qu’il faut reconstruire, sans penser au jugement d’autrui, car personne ne peut le faire pour soi. C’est un travail de solitude profond de reconstruction de soi. Si l’on tentait une définition de la fin du deuil peut-être serait-ce lorsque le passé ne retentit plus et ne s’interpose plus avec le présent pour empêcher de décliner le futur, lorsqu’on raisonne en présent qui devient futur, lorsque le présent se décline futur...
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