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Le transfert
Dans son sens le plus large, le transfert désigne le fait qu'un sujet se
met à actualiser sur une autre personne des désirs ou des situations
inconscients, liés à son propre passé.
Freud mit un certain temps avant de découvrir que le transfert était une étape indispensable de la cure, un moyen thérapeutique, " le plus puissant de tous", puisqu'il place l'analyste en présence de l'essentiel de ce qui avait été refoulé.
Au quotidien
Le transfert a lieu le plus souvent dans le cas où l'un des interlocuteurs occupe, par rapport à l'autre, une situation " privilégiée " : rapports malade-médecin, élève-professeur, pénitent-confesseur...
Jung a identifié des " imagos " essentielles au sujet, prototypes issus des premières relations intersubjectives réelles et fantasmatiques avec l'entourage familial (imagos paternelle, maternelle, fraternelle). Ce sont ces archétypes qui vont influencer notre ressenti face à un enseignant, un leader politique, le gourou d'une secte...
L'affection portée à ses amis entre dans le cadre du transfert positif ordinaire. Le problème survient lors d'aveuglement, de soumission. Il faut alors comprendre l'origine de ce lien.
Transfert
Dans la cure, le transfert se manifeste lorsque le patient se met à témoigner à l'analyste une affection exagérée (transfert positif) ou au contraire une hostilité marquée (transfert négatif). On observe souvent le mélange des deux (ambivalence, culpabilité...).
Ces sentiments, sans rapport avec le vécu actuel, traduisent en fait d'anciens désirs de l'analysant devenus inconscients et que la cure fait resurgir. La cure analytique ne crée donc pas le transfert mais le révèle.
En théorie, le transfert vient du fait que le sujet répète dans le présent certains événements (profondément refoulés) liés à un traumatisme passé. Il y a donc un étroit rapport entre les souvenirs que la cure révèle à la conscience et ceux revécus dans le transfert.
Pour Lacan, il y aurait transfert à partir du moment où l'analysant suppose un savoir à son analyste, plus précisément lorsqu'il suppose un savoir aux dires qu'il dit.
Contre-transfert
Si l'analysant vit le transfert lors de sa cure, l'analyste n'en est pas moins dépourvu de sentiments personnels, de résistances intérieures... qui ne doivent en aucune manière entraver son déroulement. Le contre-transfert est donc constitué par l'ensemble de réactions inconscientes vécues par l'analyste à l'égard de l'analysant et surtout de son transfert.
C'est en ce sens que le contre-transfert de l'analyste peut être une gêne, voire un danger si le thérapeute ne pratique pas son auto-analyse.
Le contre-transfert peut permettre d'interpréter des expressions de l'inconscient chez l'analysant. La résonance entre l'inconscient du patient et celui de l'analyste constitue une situation idéale à rechercher. Ainsi, l'analyste peut " capter " ce que l'analysant veut lui faire ressentir, ceci à sa place (tristesse, impuissance face à ses difficultés, hostilité face à l'analyse...), qu'il sera intéressant de replacer dans le cadre de l'analyse et de lui signifier au moment opportun.
Amoureuse de son psy ?
Le cliché de l'analysante se faisant une petite beauté avant d'aller à sa séance n'est pas très loin de la réalité, mais même si se rejouent en séance des mécanismes de séduction à l'égard des parents (représentés inconsciemment par l'analyste), les débordements ne sont pas dignes d'une bonne pratique professionnelle. Si le thérapeute répond au jeu de sa patiente, il sort alors du cadre stricte de la cure analytique. Une analysante ne doit donc normalement jamais tomber amoureuse de son psy !
Névrose de transfert
Le but de l'interprétation du transfert est de montrer à l'analysant qu'il projette inconsciemment sur des objets extérieurs des émotions, afin de ne pas les rattacher aux véritables objets concernés.
L'analyste, au cours de son exercice, va favoriser l'émergence d'une névrose de transfert. C'est une sorte de maladie artificielle limitée dans l'analyse, de manière à ce que les névroses de l'analysant soient ramenées au sein de la cure, afin qu'elles n'aient plus d'effet extérieur. La névrose de transfert se substitue à la névrose initiale, permettant la découverte de la névrose infantile. A la fin de l'analyse, cette névrose de transfert se " liquide " par prise de conscience de ce qui s'est joué durant toute la cure.
Le transfert ne se décrit pas, il se vit, et c'est ce qui fait que la relation analytique, elle, ne peut tolérer de tiers.
À lire
- Carl Gustav Jung : La psychologie du transfert ; éd Albin Michel
- Jacques Lacan : Le transfert ; Séminaires livre VIII ; éd Seuil
- Michel Neyraut : Le transfert ; éd PUF
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